Depuis le 10 décembre, les diagnostiqueurs travaillent sans visibilité.

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Depuis le 10 décembre, une nouvelle réalité s’est imposée dans notre quotidien professionnel. Nous travaillons désormais sans la possibilité de vérifier nos actions. Ce qui, avant, était un outil précieux pour vérifier la cohérence d’un diagnostic de performance énergétique (DPE), l’étiquette énergétique, a disparu.

Auparavant, cette étiquette agissait comme un garde-fou, un repère facile à comprendre pour nous, diagnostiqueurs. Si l’étiquette était trop élevée ou trop basse, elle nous signalait qu’il y avait un problème, que ce soit une donnée mal saisie, une information oubliée, ou une mauvaise interprétation d’un système. C’était une démarche simple, logique et professionnelle.

Mais aujourd’hui, on nous demande de faire notre travail parfaitement… sans même avoir le droit de nous relire. Imaginez un instant envoyer un e-mail sans pouvoir le relire avant, puis découvrir une faute une fois qu’il a été envoyé. Trop tard, l’erreur est faite et il est impossible de revenir en arrière. C’est exactement ce que nous vivons à chaque instant.

Le plus frustrant, c’est qu’une modification, même minime, entraîne des conséquences immédiates. Elle est automatiquement envoyée à plusieurs organismes, dont notre organisme certificateur et l’ADEME, accompagnée de demandes de justification et de contrôles, souvent à nos frais. C’est comme si nous étions constamment surveillés, jugés, et facturés pour nos actions, même quand nous tentons d’agir dans l’intérêt de nos clients.

Tout cela, alors que seulement 1,7 % des cas (constatés) seraient réellement des fraudes. Un chiffre qui semble dérisoire par rapport aux 98,3 % de diagnostiqueurs qui semblent effectuer leur travail consciencieusement.

Mais même ce chiffre de fraude soulève des questions : est-ce réellement de la fraude ou s’agit-il simplement d’erreurs humaines dans un système qui est souvent incohérent, changeant sans cesse et qui semble voué à évoluer encore avec l’introduction du DPE européen ? Nous ne demandons pas d’impunité, ni de passe-droit. Si des fraudeurs existent, qu’ils soient traités comme tels, par les voies légales appropriées. Après tout, les tribunaux sont là pour cela, non ?

Il semble absurde de soumettre l’ensemble d’une profession à une surveillance constante et à des sanctions potentielles pour 1,7 % de cas de fraude, supposée ou réelle. Ce n’est pas ainsi que l’on peut gouverner de manière durable. Nous n’avons pas besoin d’un système de suspicion généralisée pour faire avancer les choses.

Si des contrôles sont nécessaires, pourquoi ne pas les réaliser de manière plus intelligente et ciblée ? Un système de « clients mystères » pourrait être une solution plus équilibrée et plus juste.

Parce que, pour 1,7 %, on pénalise l’ensemble des professionnels. Et ça, c’est totalement déraisonnable.

Des solutions, pourtant, existent. Mais encore une fois, on préfère ne pas écouter les personnes qui sont réellement sur le terrain, celles qui connaissent les difficultés concrètes et les incohérences du système. Les diagnostiqueurs sont bien placés pour proposer des améliorations. Qui mieux que ceux qui réalisent des DPE tous les jours pour identifier ce qui ne va pas et ce qui pourrait être amélioré ?

La vérité, c’est que les fraudeurs ne seront pas éliminés par ce système. Ils trouveront toujours un moyen de contourner les règles. Ce sont les bons professionnels, ceux qui font leur travail avec sérieux et rigueur, qui risquent de partir. Ceux qui se sentent épuisés par un système qui les soupçonne constamment, qui les aveugle, les surveille et les pénalise.

Car à force de vivre sous cette pression, on finit par se demander ce que vaut encore notre métier. Et surtout, ce que vaut notre dignité.

Aujourd’hui, elle semble être réduite à la valeur d’un simple diagnostic à 150 euros sans conseil et accompagnement…

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