Un rapport publié en 2024 par l’Australian Institute of Health and Welfare (AIHW), l’équivalent australien de Santé publique France, tire la sonnette d’alarme : les expositions à l’amiante hors du cadre professionnel sont en augmentation. En cause principalement, les travaux de rénovation réalisés par des particuliers dans leur logement, souvent sans repérage préalable ni mesures de protection adaptées.
Mésothéliome : des données croisées à l’échelle nationale
Pour analyser l’impact de ces expositions, l’AIHW s’appuie sur trois bases de données nationales :
- le registre australien du mésothéliome (Australian Mesothelioma Registry – AMR),
- la base nationale de mortalité (National Mortality Database – NMD),
- la base australienne sur le cancer (Australian Cancer Database – ACD).
Ces sources ont permis d’établir un état des lieux actualisé de l’incidence du mésothéliome, des décès associés et des circonstances d’exposition à l’amiante. Les chiffres intègrent les cas déclarés jusqu’au 1er mai 2025.
Le rôle clé du registre australien du mésothéliome
Lorsqu’un nouveau cas de mésothéliome est diagnostiqué, le registre AMR propose aux patients volontaires un questionnaire détaillé. Celui-ci porte sur leur parcours professionnel, leur environnement résidentiel et leur situation familiale. L’objectif est triple :
- identifier les modes d’exposition à l’amiante,
- mesurer l’efficacité des politiques de gestion de l’amiante dans le bâti,
- fournir des données solides aux chercheurs et aux pouvoirs publics.
Le rapport souligne toutefois deux limites importantes : tous les cas ne sont pas recensés l’année du diagnostic, et certains patients ne peuvent ou ne souhaitent pas participer à l’enquête. Les chiffres publiés sont donc probablement en deçà de la réalité.
Bricolage et expositions non professionnelles : un phénomène bien réel
Contrairement à la France, où les statistiques concernent surtout les expositions professionnelles, le rapport australien documente précisément les situations d’exposition dans la sphère privée.
Même si la majorité des cas reste liée au travail – ce qui s’explique par le long délai de latence de la maladie, souvent autour de 40 ans, alors que l’amiante n’a été interdite qu’en 2003 en Australie – environ 11 % des mésothéliomes concernent des personnes sans exposition professionnelle identifiée.
Les patients interrogés mentionnent fréquemment plusieurs contextes d’exposition. Parmi les situations les plus courantes figurent :
- la réalisation de travaux de rénovation importants impliquant des matériaux amiantés (51 %),
- le fait d’habiter un logement en cours de rénovation (38 %),
- l’entretien ou la réparation des freins de véhicules (39 %),
- la cohabitation avec une personne exposée professionnellement, ramenant des poussières au domicile (21 %),
- la vie dans une maison construite entre 1947 et 1987 contenant des matériaux amiantés (13 %).
Une méconnaissance persistante du risque amiante
Melissa Treby, vice-présidente du comité australien sur le cancer professionnel et environnemental, souligne un paradoxe largement transposable à la France : si la sécurité sur les lieux de travail s’est améliorée, le risque lié à l’amiante dans les logements reste mal compris par le grand public.
Elle rappelle qu’il est impossible d’identifier la présence d’amiante à l’œil nu et insiste sur la nécessité de faire appel à des professionnels avant toute intervention en réalisant des repérages amiante avant travaux ou démolition. L’objectif est simple : permettre aux occupants de profiter durablement de leur logement rénové sans mettre leur santé en danger.
Et en France ?
Aucune donnée nationale ne permet aujourd’hui d’évaluer précisément l’exposition des particuliers à l’amiante lors de travaux réalisés chez eux. En revanche, une chose est certaine : l’obligation de repérage amiante avant travaux est encore largement ignorée.
Il est donc essentiel de rappeler que :
- le diagnostic amiante réalisé lors d’une vente immobilière ne remplace pas un repérage avant travaux.
- la responsabilité du repérage incombe toujours au propriétaire, y compris lorsqu’il fait appel à des artisans.
Pour aller plus loin, les particuliers peuvent consulter la page officielle du ministère de la Santé : Amiante : travaux et bricolage – le repérage, une étape essentielle.
Le rapport australien complet (en anglais) est disponible sous le titre Mesothelioma in Australia