Lorsqu’un diagnostic de performance énergétique (DPE) diffère pour un même logement selon le professionnel qui l’établit, le soupçon de fraude ou d’incompétence apparaît rapidement. Pourtant, cette variation ne résulte pas nécessairement de pratiques malhonnêtes. Elle peut être la conséquence directe d’un cadre réglementaire imparfait, d’une méthode parfois déconnectée des réalités du terrain et d’un manque d’accompagnement des diagnostiqueurs.
En théorie, deux DPE réalisés sur un même bien devraient aboutir au même résultat, à condition que la méthode de calcul n’ait pas évolué entre-temps et que le propriétaire fournisse l’ensemble des documents nécessaires (factures de travaux, caractéristiques du bâti, règlement de copropriété, etc.). Dans la réalité, ces conditions idéales sont rarement réunies. Les informations manquent souvent, les bâtiments sont hétérogènes et les équipements ont évolué au fil du temps, rendant l’analyse plus complexe.
La méthode actuelle laisse par ailleurs une marge d’interprétation importante. Le diagnostiqueur peut, par exemple, choisir d’utiliser des valeurs par défaut ou d’évaluer différemment certains paramètres comme la surface de référence, la ventilation ou le système de chauffage. Deux professionnels consciencieux peuvent alors faire des choix distincts, tous deux cohérents et défendables, sans que l’un soit plus fautif que l’autre.
Cette situation est aggravée par le manque de réponses claires fournies aux opérateurs. Bien que leur responsabilité soit engagée — le DPE étant opposable — les textes réglementaires et les guides techniques disponibles sont parfois imprécis, voire contradictoires. Contrairement à d’autres professions disposant de structures de soutien formalisées, le diagnostiqueur se retrouve souvent isolé face à ses doutes. Les échanges avec des formateurs, des référents techniques ou des confrères aboutissent fréquemment à des avis divergents.
L’arrivée d’une future norme dédiée au DPE pourrait améliorer l’harmonisation des pratiques en précisant certains gestes techniques. Toutefois, cette norme ne traitera ni des limites de la méthode de calcul, ni des différences liées aux logiciels utilisés, ni des enjeux réglementaires. Son impact, bien que positif, risque donc de rester partiel face à l’ampleur des difficultés rencontrées sur le terrain.
Plutôt que de stigmatiser les diagnostiqueurs, il apparaît essentiel de reconnaître ces dysfonctionnements structurels. La fiabilité du DPE passe par des règles claires, adaptées à la diversité des bâtiments et partagées par l’ensemble des acteurs de la filière. Sans cela, les incohérences persisteront, au détriment des professionnels comme du grand public.